Disponible — Réponse sous 24 h · Antibes · 06 · 83 · 13 · 40 · France entière sur devis
04 22 46 06 04

Article

Travaux sans assurance décennale : que risque le client ?

septembre 22, 2026

Travaux sans assurance décennale : que risque le client ?

Un sinistre apparaît sur votre maison : fissures, infiltration, affaissement de dallage. Vous contactez votre entreprise pour la mettre en garde et actionner sa garantie décennale. Réponse du silence, ou pire : « nous n’étions pas assurés pour ce type de travaux ». C’est une situation que nous rencontrons régulièrement en expertise dans les Alpes-Maritimes, le Var et les Bouches-du-Rhône, et elle laisse le client dans une position financière très inconfortable.

La douleur : un désordre grave, mais aucune assurance derrière

La garantie décennale (art. 1792 et suivants du Code civil) couvre pendant dix ans à compter de la réception les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Elle est adossée à une assurance obligatoire que toute entreprise du bâtiment doit souscrire avant l’ouverture du chantier, conformément à l’article L241-1 du Code des assurances. Le problème survient dans trois cas de figure que nous constatons sur le terrain : l’entreprise n’avait tout simplement aucune assurance décennale, elle avait une assurance mais pour une activité différente de celle réalisée (par exemple couverte pour la peinture mais pas pour la maçonnerie), ou son attestation était expirée ou suspendue pour non-paiement de cotisations au moment du chantier. Dans les trois cas, le client se retrouve à devoir financer seul la reprise des désordres, alors qu’il pensait être protégé.

Ce que beaucoup de propriétaires ignorent, c’est que l’absence d’assurance décennale n’empêche pas la garantie légale d’exister : elle reste due par l’entreprise elle-même, mais sans assureur solvable derrière, le recours devient largement théorique si l’entreprise est petite, en difficulté ou tentée de disparaître.

Pourquoi c’est arrivé

Plusieurs mécanismes expliquent cette situation, et ils se cumulent souvent. D’abord, la loi Spinetta de 1978 a rendu l’assurance décennale obligatoire, mais aucun contrôle systématique n’est effectué avant la signature d’un devis. Le client fait confiance à une attestation présentée, parfois falsifiée ou périmée, sans vérifier sa validité réelle auprès de l’assureur. Ensuite, certaines entreprises fonctionnent sciemment sans couverture pour proposer des tarifs plus bas, reportant le risque sur le client sans le lui dire. D’autres ont une assurance, mais limitée à certains lots : une entreprise de gros œuvre assurée peut sous-traiter l’étanchéité à une entreprise non assurée pour cette activité spécifique, et le client découvre l’écart seulement au moment du sinistre. Enfin, il arrive qu’une entreprise perde sa couverture en cours d’année pour non-paiement de prime, sans en informer ses clients en cours de chantier.

L’article L241-7 du Code des assurances impose que l’attestation d’assurance décennale mentionne les activités couvertes et soit remise avant l’ouverture du chantier. Le non-respect de cette obligation expose l’entreprise à des sanctions pénales : l’article L243-3 du même code prévoit une peine de six mois d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour l’entrepreneur qui n’a pas souscrit l’assurance obligatoire. Ces sanctions existent, mais elles ne réparent pas le désordre constaté chez vous.

Ce qu’on peut faire

La première étape est de vérifier réellement la situation d’assurance de l’entreprise, sans se contenter de l’attestation fournie au devis. On peut demander confirmation directement auprès de la compagnie d’assurance mentionnée, ou consulter le registre professionnel de l’entreprise. Si l’absence ou l’insuffisance de couverture est confirmée, plusieurs pistes de recours existent en parallèle. D’abord, une mise en demeure formelle adressée à l’entreprise par lettre recommandée avec accusé de réception, sur le fondement de la garantie décennale, reste nécessaire même si l’assureur fait défaut : elle interrompt les délais et constitue une pièce essentielle du dossier. Ensuite, si l’entreprise reste solvable (patrimoine personnel, société active), une action en justice devant le tribunal judiciaire compétent, celui de Grasse pour les Alpes-Maritimes, peut permettre d’obtenir une condamnation, même si son exécution reste incertaine en l’absence d’assurance.

Il faut aussi vérifier si votre propre assurance dommages-ouvrage, si vous en aviez souscrit une, peut intervenir : elle préfinance les réparations et se retourne ensuite contre les responsables, ce qui vous évite d’attendre l’issue d’une procédure longue. Enfin, dans certains cas, la responsabilité du maître d’œuvre ou de l’architecte qui a validé le chantier sans vérifier les attestations d’assurance des entreprises peut également être recherchée.

Comment l’expert aide

Dans ce type de dossier, le rôle de l’expert indépendant est de documenter précisément l’origine et la gravité technique du désordre, indépendamment de la question de l’assurance qui relève du juridique. Nous intervenons pour établir un rapport factuel : nature exacte du désordre, lien de causalité avec les travaux réalisés, non-conformité éventuelle aux règles de l’art et aux DTU applicables (par exemple le DTU 20.1 pour la maçonnerie ou le DTU 43.1 pour l’étanchéité), chiffrage du coût de reprise. Ce rapport, réalisé avec du matériel de mesure professionnel Trotec pour l’humidité, les infiltrations ou les déformations, sert de pièce technique solide, que ce soit pour négocier avec l’assureur si une garantie existe finalement, pour appuyer une procédure judiciaire, ou pour argumenter face à l’entreprise elle-même.

Cassini Expertise n’est pas liée à une entreprise de travaux : notre rapport reste totalement indépendant, ce qui lui donne une valeur probante devant les tribunaux et face aux assureurs. Nous intervenons sur l’ensemble des Alpes-Maritimes, du Var et des Bouches-du-Rhône, avec quinze ans d’expérience en travaux publics et maîtrise d’œuvre qui permettent de comprendre à la fois le geste technique et les responsabilités contractuelles en jeu.

Questions fréquentes

L’entreprise m’a montré une attestation d’assurance décennale, est-ce suffisant ?
Non, une attestation peut être ancienne, limitée à certaines activités, ou l’entreprise peut avoir cessé de payer ses cotisations depuis son émission. Il est recommandé de vérifier la validité directement auprès de l’assureur mentionné, en particulier pour un chantier important.

Puis-je me retourner contre l’entreprise même sans assurance décennale ?
Oui, la garantie décennale reste due par l’entreprise elle-même en tant qu’obligation légale, indépendamment de son assurance. Le problème est l’exécution effective : sans assureur solvable, le recouvrement dépend du patrimoine réel de l’entreprise.

Que faire si l’entreprise refuse de répondre à ma mise en demeure ?
Il faut alors envisager une action devant le tribunal judiciaire compétent, en s’appuyant sur un rapport d’expertise technique établissant l’origine et le coût de reprise du désordre.

Un expert indépendant peut-il m’aider avant même d’engager une procédure ?
Oui, un rapport d’expertise préalable permet souvent de négocier une solution amiable, ou au minimum de sécuriser votre dossier avant toute action judiciaire.